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1er Novembre 1954 - Petites histoires dans la grande histoire . Safia Belhocine Zemirli 

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L'auteure rassemble une collection de souvenirs vécus par des enfants (nés au tournant des années 1950) qui ont grandi dans le tumulte du conflit

L'ouvrage "1er Novembre 1954 : Petites histoires dans la Grande Histoire", écrit par Safia Belhocine Zemirli et publié aux éditions L'Odyssée, est un recueil de récits qui explorent la guerre de libération algérienne sous un angle intime et original : celui de la mémoire à hauteur d'enfant.

L'originalité du livre réside dans le fait qu'il ne s'agit pas d'un récit militaire ou politique classique. L'auteure rassemble une collection de souvenirs vécus par des enfants (nés au tournant des années 1950) qui ont grandi dans le tumulte du conflit. Le livre redonne une voix à ces témoins anonymes qui ont perçu la "Grande Histoire" à travers des images floues, des émotions fortes et des détails du quotidien.

Le projet est né d'un souvenir personnel que Safia Belhocine Zemirli avait raconté à la radio. Encouragée par l'accueil de ce témoignage, elle a entrepris d'écrire ses propres mémoires et celles de personnes de sa génération (aujourd'hui sexagénaires ou septuagénaires).

L’écriture est romancée mais fidèle aux ressentis de l'époque : Les peurs enfantines, les bruits de la guerre, les silences des adultes, mais aussi les moments de jeu et l'insouciance qui subsistaient malgré tout.

L'ouvrage se veut être un "pont entre les mémoires". Il rappelle que l'histoire nationale de l'Algérie est aussi faite de millions de trajectoires individuelles.

C'est un hommage pudique et puissant à une génération qui a mûri trop tôt, transformant des fragments de souvenirs d'enfance en une contribution précieuse au patrimoine mémoriel algérien.

L'originalité majeure de ce recueil est le décalage entre la gravité des événements historiques (la Grande Histoire) et la perception naïve ou fragmentée des enfants (les petites histoires). Les enfants ne comprennent pas toujours les enjeux politiques, mais ils ressentent intensément la peur, le secret et les changements de comportement des adultes.

Le document met en lumière comment les foyers algériens sont devenus des espaces de résistance silencieuse. Les enfants observent des "manèges nocturnes" sans en comprendre le sens immédiat.

L'ouvrage de Safia Belhocine Zemirli ne cherche pas à réécrire l'histoire militaire, mais à constituer une fresque de moments intimes. Il montre comment la conscience nationale s'est forgée chez des enfants à travers des objets triviaux (une radio, une poupée, une assiette, un lance-pierre) devenus des symboles de résistance ou de survie.

Ce recueil démontre que la Grande Histoire s'est aussi écrite dans l'ombre des foyers, à travers des objets ordinaires détournés pour la cause nationale. Safia Belhocine Zemirli réussit à transmettre l'idée que chaque enfant de cette époque a porté, souvent sans le savoir, une part de la libération de l'Algérie. Ces "petites histoires" constituent aujourd'hui un pont essentiel pour la compréhension des traumatismes et de la résilience de toute une génération.

KOURDE Yacine. le 12 janvier 2026

Publié sur Babélio

Vidéo synthèse du livre.

L'auteur du livre

Résumé des 16 récits :

  • La mezzanine (Par Safia) : Une fillette assiste, terrifiée, à la dissimulation d'un moudjahid armé et de matériel de guerre dans sa maison lors d'une perquisition nocturne de l'armée française.
  • La paillasse (Par Safia) : Une mère veille avec angoisse son bébé, sous le matelas duquel ont été cachées des grenades que le père doit transporter au maquis le lendemain.
  • Hahou lik (Par Safia) : Les habitants d'un quartier bravent le couvre-feu en criant des avertissements et en lançant des youyous pour perturber et narguer les patrouilles de chars.
  • La boîte magique (Par Safia) : L'arrivée d'un poste de radio et d'un tourne-disque émerveille les enfants, tout en servant de couverture au père pour écouter clandestinement la "Voix de l'Algérie".
  • L'assiette (Par Safia) : Sous le couvert de la nuit, les parents utilisent une assiette pour dessiner et coudre secrètement des étoiles rouges sur des drapeaux algériens en vue de l'indépendance.
  • Had-Thnine, Had-Thnine, Had-Thnine... (Par Safia) : Des enfants s'entraînent avec enthousiasme à défiler au pas et à chanter l'hymne national pour célébrer la fin imminente de la colonisation.
  • Le miroir (Par Fatma) : Une petite fille de douze ans est chargée d'enterrer discrètement des pansements ensanglantés provenant d'une infirmerie clandestine installée sous sa maison.
  • Les ballerines dorées (Par Zahia) : Un frère aîné exemplaire, qui avait promis des chaussures à sa sœur, rejoint secrètement le maquis où il finit par mourir avant ses vingt ans.
  • Tire-boulettes (Par Khelil) : Des garçons utilisent leurs lance-pierres pour briser les lampadaires du village, facilitant ainsi les déplacements nocturnes des moudjahidine dans l'obscurité.
  • Le tonneau percé (Par Chérifa) : Une fillette découvre avec horreur que son frère a été torturé après avoir hébergé des combattants dans sa chambre de fortune.
  • L'épouvantail (Par Ouzna) : Un père, autrefois fier et actif dans la résistance, revient chez lui brisé et méconnaissable après avoir subi de longs mois de détention et de sévices.
  • Bella (Par Tassadit) : Le vol d'une poupée par des soldats lors d'une rafle marque la fin de l'innocence pour une fillette qui assiste ensuite au martyre d'une femme du village.
  • Le duffle-coat (Par Hassina) : Une adolescente réalise la fracture identitaire qui la sépare de ses camarades européennes à travers un vêtement et les violences de l'OAS dans les rues d'Alger.
  • Délivrance (Par Tahar) : En jouant à la guerre, un petit garçon apprend la mort héroïque de son frère au maquis et décide de devenir symboliquement le nouvel homme de la famille.
  • Transhumance (Par Ali) : L'exil forcé d'une famille de Kabylie vers l'ouest du pays révèle à un enfant les enjeux de la guerre et la réalité de la répression coloniale.
  • La moulinette (Par Ouerdia) : Dans les derniers jours du conflit, l'explosion d'une bombe "plastique" de l'OAS dans le foyer familial blesse une jeune fille et terrorise les enfants.





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